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«  Le collège des Jésuites » de 1604 à 1762

La ville de Rennes et le roi s’adressent aux Jésuites. La Compagnie de Jésus fondée par Ignace de Loyola et placée sous l’autorité du pape est un ordre religieux présent en France depuis 1561 et à Rennes depuis 1586. Les relations sont très difficiles avec le roi Henri IV, à qui on reproche son passé protestant et sa conversion superficielle au catholicisme (5). Pourtant, en 1604, la ville et le roi confient à l’ordre le redressement du collège(6). Les Jésuites, contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres villes, n’ont pas fondé cette école, mais ils imposent certaines exigences que la ville est contrainte d’accepter, la suppression de l’internat entre autres, moyennant la cession de revenus à prélever sur des terres des maisons des environs qui ont été attribuées au collège au cours des années. Le roi, pour bien marquer la permanence d’une participation royale au destin du collège, attribue en 1606, 3000 livres de rentes.

La chapelle du collège (7), devenue église Toussaint au XIXe siècle, est construite entre 1623 et 1674, à l’initiative du duc de Rohan, grande figure du catholicisme, le reste des bâtiments connaît peu de modifications (8). L’absence d’internat impose aux familles des solutions d’hébergement aléatoires, c’est pourquoi, progressivement, on recourt au système des « séminaires » dans le quartier. Ce ne sont pas des lieux de formation des futurs prêtres,  plutôt des annexes du collège aménagées par la ville  ou par des particuliers dans les maisons et les jardins des environs qui sont acquis par la communauté de ville, comme l’Hôtel de Kergus, à l’emplacement de l’actuelle Trésorerie, qui accueille des jeunes gentilshommes (9) . Ils suivent les cours au collège, en sus de disciplines aristocratiques (l’escrime entre autres). Dans cet internat on leur dispense aussi des spécialités attendues des futurs officiers, en particulier de ceux qui se destinent à la Marine (géographie). A la fin du XVIIIe siècle, c’est une population assez nombreuse de jeunes gens venue de toute la Bretagne et des « îles » qui est installée à demeure dans le quartier, des études estiment que l’ensemble constitué par les élèves, les maîtres et les domestiques représente presque le quart de la population de la ville, et les apports financiers pour l’environnement sont considérables (10). C’est un succès pour la municipalité et les bons pères qui démontrent sur place l’efficacité de leurs méthodes et le bien-fondé de leurs innovations pédagogiques, comme l’introduction du théâtre dans les activités du collège (11). Des tensions  peuvent se manifester entre la ville et les jésuites qui privilégient les élèves issus de l’aristocratie au risque de compromettre les directives municipales qui vont dans le sens d’un enseignement pour tous, mais elles n’entravent pas la progression du nombre des élèves alimentée par l’excellente réputation des cursus, les classes pouvant aller jusqu’à 200 ou 300 élèves! Les maîtres ont mis au point un encadrement  inspiré des magistratures romaines en s’appuyant sur des élèves «distingués» pour leurs aptitudes à diriger(12). Des personnalités remarquables y ont acquis les connaissances nécessaires et des capacités d’argumentation solides : des religieux comme Louis Marie Grignon de Montfort, des navigateurs comme Duguay-Trouin et Maupertuis, mais aussi des savants et de futures grandes figures révolutionnaires comme Le Chapelier(13)

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