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Les Jésuites du Collège de Rennes

 Le Collège Saint-Thomas [Becket] avait été fondé, dès 1536, par la Communauté de Ville de Rennes à l'emplacement d'un ancien hôpital dont il avait pris le nom et conservé les revenus. 

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 Le meurtre de St-Thomas à Canterbury en 1170

 

 

 

 

Un ordre nouveau s'implante à Rennes   

A la rentrée d'octobre 1604, la Ville confie la direction de ce collège à un tout jeune ordre missionnaire, créé en 1540 : la Compagnie de Jésus.
Le contrat âprement discuté entre les Jésuites et la Communauté de Ville ne sera signé que deux ans plus tard, le 9 octobre 1606.

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  Première page des lettres patentes du roi Henri IV
  pour l'établissement d'un collège des Jésuites à Rennes

 

 

 

 

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 Vue cavalière de Rennes des hauteurs de Beaumont (1644). Ne sont figurés ni le Parlement de Bretagne, ni l'église du Collège des Jésuites qui étaient en construction.

 

 

Le 23 décembre 1761, le Parlement de Bretagne rend un arrêt portant dissolution de la Compagnie dans son ressort ; cela entraîne l'expulsion des Pères jésuites à l'issue de l'année scolaire, soit le 2 août 1762.
L
es Jésuites n'ont donc dirigé le collège municipal et royal de Rennes que pendant 158 ans; mais la réputation de leur éducation jointe à leur forte implication dans les différentes strates de la société, ont maintenu leur souvenir bien au-delà de l'interdiction de 1762. 
 

La vigilance de la Communauté de ville

La Communauté de Ville s'était réservé un droit de regard sur les nouveaux gérants du collège dont elle était la fondatrice.
C'est ainsi qu'elle défendit avec constance le principe de la gratuité de l'enseignement dispensé :
"Tous les escolliers ... pauvres et aultres y sont receuz, instruitz gratuitement sans payer auchune chose pour l'entrée ou autrement". (1612)
C'est ainsi, qu'alertés par le déroulement des prêches du Père Moussy, Recteur du Collège - un Gascon dont l'accent prononcé avait déclenché un chahut d'élèves - les bourgeois rennais s'opposèrent farouchement en 1628, au transfert de l'établissement à la Province d'Aquitaine ; il faut dire qu'ils n'avaient pas été consultés.
Se faisant les défenseurs des collégiens comme du menu peuple "qui va à confesse", ils en appelèrent au Roi :
"Notre collège est principalement peuplé de Bas-Bretons qui viennent icy autant pour s'instruire en la langue françoisse qu'en la latine. Le Gascon, le Limousin, le Périgourdin et l'Angoumoisin ne sont pas capables d'enseigner le françoys lequel ils ne peuvent prononcer intelligemment et ne pourroient le faire qu'ils ne causassent du désordre comme arriva y a quelque temps dans la chapelle de notre collège".
Résultat ? Louis XIII imposa aux Jésuites le maintien de Rennes dans la Province de France dont le siège était à Paris.

Cependant la municipalité échoua à obtenir l'ouverture d'un internat (la formule de l'externat étant - à 16 exceptions près - la règle dans les collèges dépendant des Jésuites).
Les grands jardins qui s'étendaient au nord du collège jusqu'à la boucle de la Vilaine étaient donc exclusivement réservés aux religieux et ne s'ouvraient au public qu'à l'occasion des représentations données par les élèves. 
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 La stratégie missionnaire des Jésuites à Rennes

Les Jésuites du Collège développèrent à Rennes une stratégie missionnaire en tout point conforme à ce que l'on observe dans les autres villes du royaume où ils étaient implantés : une stratégie dont l'enseignement n'est qu'un aspect mais pour laquelle le Collège sert de point d'appui.
Première étape à Rennes : la mise en construction aux frais de la Ville d'une grande église,
            - conforme aux besoins spécifiques de l'ordre et à la liturgie issue de la Réforme catholique,  
            - ouverte sur le quartier (NB : ce n'est donc pas une "chapelle" dont l'usage est interne),
            - suffisamment spacieuse, pour pouvoir accueillir les cohortes d'élèves et de professionnels qui, dans la basse ville, gravitaient dans l'orbite du collège.
Cette église, dédiée aux deux premiers saints de l'Ordre - Saint Ignace et Saint François-Xavier - fut consacrée en 1651.
Voir l'église du Collège à la rubrique Patrimoine bâti.
 
Deuxième aspect de la pastorale des Jésuites : l'animation de trois congrégations organisées autour du culte marial.
La Congrégation des "Messieurs" (tous aristocrates à l'exception des quelques très riches bourgeois). Fondée dès 1619, elle est dédiée à la Purification de la Vierge. En 1655 elle dispose de sa propre chapelle dans l'enceinte du Collège.
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 La chapelle des Messieurs telle qu'on la voyait encore en 1883
 à droite du chevet de l'église Toussaints.

 Les plafonds de cette chapelle en seront peints par J.B. Gherardini en 1715.

 

 

La Congrégation des Marchands et Artisans (réservée aux maîtres) n'est créée qu'en 1662 sous le vocable de la Nativité Notre-Dame. A l'origine au moins, elle partage avec les collégiens l'usage de la vieille Chapelle Saint-Thomas, "déclassée" depuis la construction de l'église.

A ces congrégations s'ajoute la Congrégation des écoliers placée sous le vocable de l'Immaculée Conception : elle réunit les élèves les plus fervents. Les congréganistes étant seuls habilités à entrer dans les "Académies" qui accueillent les meilleurs élèves de chaque cycle. 

Le troisième et dernier élément du dispositif d'encadrement spirituel de la population est, en 1672, l'ouverture d'une ''Maison de retraite'' pour hommes, rue Saint-Thomas, aux frais de l'Ordre, jouxtant le Collège, dotée d'une cour et d'un jardin. Sa gestion, quoique assurée par des Pères du Collège, est indépendante de celui-ci. Les trois directeurs, que La Retraite rémunérait, étaient issus de la communauté jésuite du Collège

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    Le procès-verval de mai 1762 concernant les revenus de la Retraite

 

 

 
 

Une application concrète : les lieux dépendant du Collège  

Sur le détail - reproduit ci-dessous - du plan Forestier de 1726, conservé aux Archives municipales (1Fi44) on peut voir l'emplacement des différents lieux cités.
(NB. La rue Saint-Thomas, la rue Saint-Germain (aujourd'hui rue du capitaine Dreyfus) et - en surimposition - le tracé des aménagements prévus dès cette époque et réalisés au XIXè siècle comme le canal et la rue Toullier, aident à se repérer).

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A • Eglise du Collège, dédiée aux saints Ignace de Loyola et François-Xavier. Les sources
contemporaines l'appellent 
simplement : "église des Jésuites", actuellement église
paroissiale Toussaints.

B • Chapelle de la Congrégation des Messieurs. Construite en 1655.
Somptueusement décorée. A son emplacement se trouve  partiellement la sacristie actuelle
de Toussaints.

C • Vieille chapelle Saint-Thomas [Becket] rénovée. 
Attribuée à la Congrégation des Marchands et Artisans Incendiée en 1712.

D • Petite chapelle dédiée à Saint-Marc. Sert-elle en 1726 à la "Congrégation des élèves" ?

E • Bâtiment dit de La Retraite. Il accueille des hommes en quête de retraite spirituelle.     

      

Un corps professoral de valeur

Chez les Jésuites, le nombre de Régents (on appelle ainsi les responsables d'une classe) et de Maîtres d'un collège correspond à sa structure, elle-même tributaire des revenus de l'établissement. Le nombre d'élèves par classe entre peu en ligne de compte.
Quand le futur Père Maunoir y fait ses études, le total des 9 classes était déjà de 1484 élèves. En 1626-1627 - année où la classe de logique n'a ouvert qu'en mars pour cause d'épidémie et n'a pas été comptabilisée - la classe de physique compte 40 auditeurs, celle de théologie morale 60 ; ce qui était peu comparé à la rhétorique (1ère), 130, la seconde, 104, la troisième, 248, la quatrième, 262, la cinquième, 350 et la sixième (spécificité du contrat de fondation rennais), 230 ! Cela laisse imaginer l'effectif qu'atteignaient les classes en 1653 quand le collège comptait 2800 élèves ! Pas sûr que le dispositif d'encadrement des élèves les plus faibles par les "meilleurs", conçu pour seconder l'effort des professeurs, n'ait trouvé ici ses limites.
En 1654, grâce à la création d'une chaire de théologie scolastique, le cycle terminal de Philosophie passe à quatre classes. Le Collège entre alors de justesse dans la catégorie des "Grands Collèges" si bien que la communauté des religieux (prêtres, scolastiques et coadjuteurs) devait y dépasser les 60 personnes.
Un siècle (ou presque) plus tard, en 1746, le Collège de Rennes se situe au 7è rang des collèges jésuites pour le montant de ses revenus (10 420 livres). Il reste cependant loin derrière La Flèche et Louis-le-Grand (44 000 livres).
Compte-tenu du long processus de formation et de sélection propre à la Compagnie de Jésus, les talents ne manquent pas parmi les professeurs qu'on envoie enseigner au Collège.
Beaucoup d'entre eux sont jeunes ce qui explique qu'ils n'ont pas tous encore accédé à la prêtrise au moment de leur nomination et encore moins prononcé les quatre vœux solennels propres à l'Ordre.       
Le renouvellement des pères, le "turn-over" est important : les plus brillants étant rapidement appelés à rejoindre d'autres collèges plus prestigieux ou envoyés dans les missions étrangères.

Quelques figures

C'est le cas du Père Charles Porée  (1675-1741) qui débuta à Rennes comme Régent d'Humanités (seconde) puis de Rhétorique avant d'être envoyé à Louis-le-Grand où son enseignement et sa personnalité marquèrent durablement le jeune Voltaire. Voltaire ne fut pas le seul puisqu'on a compté que dix-neuf de ses élèves étaient rentrés à l'Académie française ! 

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Le Père Porée, fut l'auteur d'un grand nombre de pièces de théâtre destinées à être interprétées par les collégiens des établissements Jésuites lors des fêtes de Carnaval et de fin d'année scolaire. Voir les n° des bulletins EDC n°19, p 9-10, n°20 p 3-4 et n°39 p 5-7.

Dans le cursus ordinaire, les sciences ne sont guère abordées qu'après l'année de logique, dans la seconde année de philosophie où l'on aborde la physique et la métaphysique.
Lorsqu'il est proposé, l'enseignement scientifique dispensé à Rennes est de grande qualité, les maîtres sont compétents et efficaces et certains sont de véritables savants.   C'est le cas du Père Jean François(1586-1668) qui arriva à Rennes en 1650 où il termina sa carrière et publia ses premiers ouvrages. René Descartes qui avait été son élève à la Flèche, lui resta très attaché. Le Père François était à la fois un chercheur et un vulgarisateur de premier plan. Ses  travaux d'hydraulique publiés à Rennes sont peut-être à l'origine de la création, à la demande de la Communauté de Ville, de la chaire de mathématiques appliquées dont on confia la charge au Père Philippe Descartes (1640-1716).  
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  Livre du père Jean François 
  Le science des eaux, leur formation, communication, mouvements & meslanges. 1653
  Editeur rennais de la rue Saint-Germain

 

 

 

 Ce dernier, neveu du philosophe, fut en effet nommé à Rennes en 1674, pour enseigner - en français ! - "les mathématiques, l'hydrographie et la science de la marine"

Son aventure à ce poste est révélatrice des attentes de la majorité des parents d'élèves rennais à la fin du XVII°siècle. La ville espérait, en effet, en créant cette chaire, "accroître le lustre" de l'établissement en formant de "bons pilotes". Peine perdue ! sans que le professeur soit en cause et malgré la proximité de Saint-Malo, cet enseignement novateur mais "technique", dans une ville dominée par le monde judiciaire, ne connut qu'un bref succès de curiosité. La chaire fut transformée dès 1682 en une seconde chaire de ... théologie (théologie dogmatique). Le Père Descartes fut alors envoyé aux missions en Bretagne. 
 Se reporter au bulletin L'Echo des colonnes n°33 p 12 à 14. Téléchargement fichier pdf long.

Joseph Henri Marie de Prémare (1666-1736) fut sans conteste parmi tous les maîtres qui enseignèrent au Collège de Rennes, celui qui connut le destin le plus extraordinaire. Professeur de grammaire, rien ne semblait le prédisposer à partir pour le voyage "à la Chine" où la Compagnie de Jésus et Louis XIV envoyaient de préférence des scientifiques capables d'impressionner l'Empereur dont on espérait la conversion. Il fut pourtant choisi par le Père Bouvet et s'embarqua sur l'Amphitrite le 7 mars 1698 pour un périlleux voyage de 8 mois qui mena l'expédition à Canton, périple dont il fit un récit coloré dans une lettre au Père La Chaise, confesseur du roi, en date du 17 février 1799. Il ne revint jamais en France. C'est en Chine, dont il parla et écrivit rapidement la langue, qu'il prononça en 1701 ses quatre vœux solennels et consacra le reste de sa vie à l'évangélisation et à l'approfondissement des arcanes du Chinois.
Il fut un de ceux qui firent connaître la Chine en France par sa correspondance, par ses envois d'ouvrages chinois à la Bibliothèque royale et par sa traduction du "Petit orphelin de la maison de Tchao" - dont s'inspira Voltaire pour L'orphelin de la Chine.

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   Tableau d'Anicet Lemonnier, illustrant la France des Lumières, commandé par Joséphine de Beauharnais et exposé au Salon de peintures de 1814 à Paris.

    Il est significatif que le peintre ait choisi, pour répondre à la commande, d'organiser cette rencontre imaginaire des principaux acteurs de la politique, des arts, des sciences et des lettres lors d'une lecture de la pièce de théatre L'orphelin de la Chine écrite par Voltaire en 1755 et sous son portrait (il était à Berlin à cette époque).

 

 

 Le père de Prémare fut surtout par la rédaction des cinq cahiers de sa "Notitia linguae sinicae'' l'initiateur de la sinologie française (12 000 expressions rédigées à l'aide de 50 000 caractères).

Se reporter au dossier Jésuites du collège de Rennes EDC n°33 p 14 à 18. Téléchargement fichier pdf long

Les Jésuites savaient les moyens d’écarter des collèges ceux qui avaient dévoyé leurs talents.
Se reporter au bullelin L'écho des colonnes EDC n°51, dossier ''Portraits du XVIII° siècle, l'abbé Sacredieu, Claude Chéron de Boismorand", p 5 à 10.

Pour en savoir plus :

Consultez les articles sur les Jésuites dans les bulletins L'écho des colonnes avec les tables thématiques :  Table thématique des personnalités  

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